Der, die, das vous font problème? Voyez plutôt!
Dans beaucoup de langues d’Afrique subsaharienne, on a des «classes nominales». Tous les substantifs sont marqués par un préfixe ou un suffixe. La majorité des langues d’Afrique centrale et du sud appartiennent à la famille bantu. Bantu signifie «êtres humains»; il est composé du radical ntu précédé au pluriel du préfixe ba ; au singulier le préfixe est mu- ce qui donne donc muntu. Il en va de même dans beaucoup de langues d’Afrique de l’ouest, mais avec des suffixes. Ainsi en nawdm, on a un suffixe -ba pour le pluriel des humains (nawdba), et a au singulier (nawda).
Ce système est comparable à nos genres, avec cette différence qu’au lieu de deux ou trois genres (masculin, féminin...), on a entre dix et vingt classes nominales. Ceux qui ont eu de la peine avec l’apprentissage des genres en français ou en allemand vont avoir peur. Pourtant, il y a quelque chose de plus facile, même s’il y a plus de catégories, c’est qu’il est impossible de prononcer le nom sans sa marque de classe. On l’apprend donc tout de suite.
En français, les genres permettent parfois de distinguer deux homonymes (le voile, la voile; le vase, la vase), mais ces cas sont marginaux. Dans les langues africaines à classes, les variantes de classes permettent souvent des nuances à partir d’un même nom. En nawdm, par exemple, on peut, en changeant de classe, exprimer une idée d’appréciation, ou de dépréciation. Le suffixe gu est utilisé lorsqu’on veut dénigrer quelque chose ou injurier quelqu’un. Au lieu de mettre un adjectif, comme en français, dans «sale femme», on change le suffixe du nom «femme».
Si, au contraire, on veut apprécier quelqu’un, on n’a pas besoin, comme en français, d’adjectif («petite femme chérie»), il suffit de mettre le suffixe -ga au nom «femme». Dans la traduction biblique, on se sert de cela. Par exemple, dans Jean 8.48 les chefs juifs disent à Jésus: «Nous avions bien raison de le dire: tu n’es qu’un Samaritain, tu as un démon en toi.» Dans la traduction en nawdm, on a mis le suffixe -gu à «Samaritain». Les gens ne savent pas toujours ce que signifie ce mot étranger, mais au moins ils comprennent immédiatement qu’il s’agit d’une injure.
De même, dans Actes 17.18, les philosophes athéniens se disent entre eux à propos de Paul «Que veut dire ce discoureur?» (Segond 1910, Colombe). Les traductions plus récentes ont rendu le terme de façon plus clairement péjorative: «jacasse » (TOB, Nouvelle Bible Segond), «bavard» (Français courant, Parole de Vie). En nawdm, il suffit de mettre le suffixe -gu au nom qui signifie «celui qui parle» et on comprend tout de suite le sens péjoratif.
Inversement, dans Apocalypse 21.19- 20, on a une liste de 12 pierres précieuses, très largement inconnues des Nawdba. On a été obligé, comme d’ailleurs en français, de translittérer les noms à partir du grec. Mais en leur mettant le suffixe -ga, le lecteur ou l’auditeur nawda comprend tout de suite qu’il s’agit de quelque chose de bon et d’apprécié.
Jacques Nicole, traducteur et conseiller en traduction au Togo
Traduire 802
